1.10.18

INCANTATIONS DES TEMPS ET DES LEGENDES


INCANTATIONS DES TEMPS ET DES LÉGENDES


PSAUME 89


Voici le psaume montant des entrailles du temps,
le psaume des peuples en marche
et des éclatements.
Rouges noirs les jours de rage,
les jours de gloire,
et bleus l'été la liberté,
bleus les yeux de la liberté,
l'azur ivre au-dessus des champs de blé
et la mer la mer
immensément lumière.
Blanche l'éternité,
la neige paisible sur les hameaux de France.
Blanche l'attente séculaire,
l'éternelle éternellement muette attente dans les chaumières
du grand jour de délivrance.
Bleus le rêve l'utopie le ciel sur la terre,
bleu le paradis îles ô îles d'innocence par-delà la mer,
pays de cocagne ou Atlantide.
Voici le psaume des profondeurs,
le chant de l'indestructible Espérance.
Rouges noirs soudain et bleus et blancs
les jours de France.
Clameur rauque démoniaque
remplissant le ciel, millions d'ailes
se trempant dans les flaques
du nouveau matin
et s'envolant parmi les danses
et les rires cristallins.
Voici le sombre chant le cantique irradiant
de la sainte véhémence. 


                                          BLEUS L’ÉTÉ LA LIBERTÉ 
                              SOMBRE LE CHANT IRRADIANT
                                            DE LA SAINTE VEHEMENCE


 


BLANCHE NOIRE L'HORREUR

blancs les éclairs
noir l'orage tourbillonnant
autour des demeures féodales
les éclairs frappent
les bêtes trempées qui s'échappent
écroulement des hauts portails d'ombre
les pierres mordues par le feu du ciel
crient
tandis que les manants en furie
violent les servantes
dans les cuisines les écuries
blêmes bleus les éclairs brûlant la neige
de chairs suppliciées
laiteuses les flaques de sperme moiré
et rouge sombre les flaques de sang
blanche noire l'horreur
dans le luxe des vastes salles
on crucifie le seigneur
on lui crève les yeux
noires pourpres les clameurs
que répercute le dédale des souterrains
















ELSASSISCHER GOLGOTHA



Jetz steht dr Barg met sim hocha Kritz ewer d Ewena.

Jetz esch Stella, unandligi Stella ewerem Barg.

A Stella wia na verstummter Schreï vu doïsiga Geopferta,
a roter, schwàrzer Schreï wu üsm Blüatbarg brialt, üsm dunkla Harz vu dr Arda.
Jetz steht dr Barg in dr riawiga Stella,
dr Barg met dr verwundeta Nàtür,
dr Barg vum vruckta Morda, vum Schrecka, vum Hunger, vum Durscht,
 dr Barg vum Schmarz un vum Tod.
Ja, do owa han se sech gschlàchta wia welda Tiarer
 in da Schetzagrawa, in da Lecher, im Drack, in dorniger Weldnis un Stàcheldroht.
In Nàcht un Nawel, im Raga, im Schnee, under isiga Sterna un brennenda Hemmel,
 han si gekampft, wia Gschpanschter, d gehelmta, gestefelda Soldàta,
met Flenda, Grànàta, Baïonnetta, Masser.
 In da Unterstand han se sech verkrocha
underm heftiga Trummel-Fier vu da Kànona. 
Do owa verlora in dr Hell han si gwàrta  uf Erlesung vum unmenschliga Ewel.
Si han gwàrta uf Freeda oder Verdàmnis.
Gwàrta han si un verzwiefelt.
Do owa ufm buckliga Gepfel esch si gekritzigt wora,
d Jugend üs Ditschlànd un Frànkrich.
Do owa ufm riesiga Totakopf üs Felsa un Wurzla
 esch si verblüata, d flàmmenda Jugend.
Do  esch si umgebrocht wora, do esch si gstorwa in Schlàmm un Fülnis,
 in  Gottes Nàcht, ohna Gebat, ohna Psàlm, ohna Gnàda.
Jetz steht dr Barg met sim hocha Kritz wu Chreschtüs fahlt.
Ufm elsassischa Golgotha, in dr versprangta Fenschternis, in dr verressena Stella,
Esch Gottesdämmerung, esch Walt-Untergàng gse.
Ufm elsassischa Golgotha, under  Stàhlgwetter, underm blüatiga Hemmel,
esch Gott gstorwa.




 
GOLGOTHA ALSACIEN

Maintenant la montagne se dresse au-dessus de la plaine avec sa croix altière.

Maintenant le silence, l’infini silence règne au-dessus de la montagne.

Un silence comme la clameur muette de milliers de victimes, une clameur rouge, noire qui hurle hors de la montagne de sang, hors des entrailles  sombres de la terre.

Maintenant la montagne se tient dans un calme paisible, la montagne meurtrie,

la montagne de la folle tuerie, de la terreur, de la faim, de la soif, la montagne de la souffrance et de la mort.

Oui là-haut ils se sont massacrés comme des bêtes féroces dans les tranchées, dans les trous, la fange, les ronces, les torsades de barbelés.                                   

Entre nuit et brouillard, dans la pluie, dans la neige, sous les constellations glaciales, sous les cieux brûlants, ils se sont battus jusqu’à l’absurde, comme de sombres spectres d’horreur, les guerriers casqués, bottés, avec fusils, grenades, baïonnettes, couteaux.

Ils se sont terrés dans les souterrains sous le feu roulant des canons. 

Perdus là-haut en enfer ils attendaient d’être délivrés du Mal inhumain.

Ils attendaient la paix ou la damnation insensée.

Ils ont attendu et ils ont perdu l’espoir.

Là-haut sur le sommet bossu, elle a été crucifiée, la jeunesse de France et d’Allemagne.

Là-haut sur le crâne gigantesque de rocs et de racines, elle a versé son sang, la flamboyante jeunesse d’Europe.

Là-haut elle a été systématiquement décimée, la génération livrée à l’effroyable sacrifice; là-haut elle a péri dans la bourbe et la pourriture, dans la nuit de Dieu, sans prière, sans psaume, sans grâce.  

Maintenant la montagne s’élève avec son immense croix sans Christ.

Sur le Golgotha alsacien, dans les ténèbres fracassées, dans le silence lacéré, est advenu le crépuscule de Dieu, l’apocalypse du monde.

Sur le Golgotha alsacien, parmi les orages d’acier, sous les effroyables cieux de sang, Dieu est mort.


                  UN SILENCE COMME LA CLAMEUR MUETTE 
                                                                       DE MILLIERS DE VICTIMES 





                                                                                                    
ELSÄSSISCHER GOLGOTHA

Jetzt erhebt sich der Berg mit seinem hochen Kreuz über der Ebene.
Jetzt ist Stille, unendlige Stille über dem Berg.
Eine Stille wie ein verstummter Schrei  von tausenden Geopferten, ein purpurner, schwarzer Schrei der aus dem Blutberg, aus dem dunklen Herz der Erde brüllt.
Jetzt steht der Berg in friedlicher Ruhe
Ja, da oben haben sie sich geschlachtet wie wilde Tiere in den Schützengraben, in den Löchern, im Dreck, in dorniger Wildnis und Stacheldroht.
Zwischen Nacht und Nebel, im Regen, im Schnee, unter eisigen Gestirne und brennenden Firmamente, haben sie gekämpft wie dunklen Horror-Gespenster, bis ins Absurden, die gehelmte, gestifelte Krieger, mit Flinten, Granaten, Bajonetten, Messer.
In den Unterständen haben sie sich verkrochen unterm heftigen Trommelfeuer der Kanonen.
Dort oben verloren in der Hölle haben sie gewartet auf Erlösung vom unmenschlichen Übel. Sie haben gewartet auf Frieden oder unsinnige Verdammnis.
Gewartet haben sie und verzweifelt.
Dort oben auf dem buckligen Gipfel ist sie gekreuzigt worden die Jugend aus Frankreich und Deutschland.Dort oben auf dem riesigen Totenkopf aus Felsen und Wurzeln ist sie verblutet, die flammende Jugend Europas. Dort ist sie umgebracht worden, die Generation des ungeheuren Opfers; dort ist sie verschwunden in Schlamm und Fäulnis, in Gottes Nacht, ohne Gebet, ohne Psalm, ohne Gnade.
Jetzt steht der Berg mit seinem mächtigen Kreuz wo Christus fehlt.
Auf dem elsässischen Golgotha, in der versprengten Finsternis, in der verrissenen  Stille, ist Gottesdämmerung, ist Weltuntergang gewesen.
Auf dem elsässischen Golgotha, unter Stahlgewitter, unter grauenvollem blutigem Himmel,
ist Gott gestorben.
  

REQUIEM EUROPÉEN


Ils s’étendent à travers toute l’Europe, les cimetières militaires, champs infinis de tombes des multitudes de soldats morts dans la géhenne guerrière, champs de paix après les sanglants champs de bataille, paix de Dieu ou paix de l’oubli de la folie humaine en attendant la prochaine chute calamiteuse au fond de l’horreur démentielle. 

Ils dorment, les guerriers de jadis, les combattants des Guerres mondiales, de la Guerre de trente ans, de la Guerre de cent ans.

Ils dorment profondément, les Français, les Allemands, les Anglais, les Italiens, les Polonais, les Russes, les Américains, les Africains, soldats oubliés, soldats inconnus de toutes les guerres.

Ils dorment d’un lourd sommeil dans la terre d’Europe, les millions de jeunes hommes sacrifiés, la jeunesse  massacrée de partout.

REQUIEM AETERNAM DONA EIS, DOMINE.

Seigneur, donne-leur le repos éternel.

Maintenant les peuples en ont assez avec les hurlements barbares, avec les sempiternelles tueries sans merci, avec les amas de ruines désolées et les amoncellements de cadavres de l’Histoire mondiale, Hystérie planétaire insensée, Loi de meurtre.

Ils en ont assez, les peuples, avec les jours de rage et les jours d’abîme.

DIES IRAE, DIES ILLA.

Des enfants jonchent les fosses communes de roses blanches.

Des adolescents de plusieurs nations chantent des chorals et puis s’enlacent pacifiquement.

Une voix s’élève dans le silence: « Europe, Europe, n’oublie jamais ton immense folie millénaire, tes péchés monstrueux, n’oublie jamais les millions de morts absurdes, les destructions catastrophiques. N’oublie jamais ces temps de terreur, de douleur, de massacre, ces jours d’apocalypse. »

Non, plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! s’exclament les enfants de toutes les nations d’Europe, plus jamais l’enfer sur terre !

Des armées de morts sortent des tombes la nuit et émettent des clameurs muettes à travers le vaste abattoir Europe, de l’Atlantique jusqu’à l’Oural, continent du Désastre, tragique patrie commune.

Les spectres des morts font entendre longuement de lugubres gémissements sous la lune livide.

REQUIESCANT IN PACE !

Seigneur, laisse les reposer en paix !




EUROPÄISCHES REQUIEM

Sie strecken sich aus, die Soldatenfriedhöfe, über ganz Europa,
unendliche Felder mit den Gräber der unzähligen Gefallenen,
 Friedenfelder nach den blutigen Schlachtfeldern,
Frieden Gottes oder Frieden des Vergessens
 des menschlichen Wahnsinns bis zum nächsten Sündenfall.
Sie schlafen, die Krieger von damals, die Helden
der Weltkriege, des dreissigjährigen Kriegs, des hundertjährigen Kriegs.
 Sie schlafen tief, die Deutschen, die Franzosen, die Engländer,
die Italiener, die Russen, die Amerikaner, die Afrikaner, die vergessene Soldaten aller Kriege.
In der Erde Europas schlafen sie, die Millionen von geopferten jungen Menschen,
die geschlachtete Jugend von überall.
REQIEM AETERNAM DONA EIS, DOMINE ! HERR, GIB IHNEN DIE EWIGE RUHE!
Satt haben jetzt die Völker mit dem Brüllen der Barbaren,
mit dem ewigen heillosen Morden,
mit den seelenlosen Trümmerhaufen und Leichenhaufen der Weltgeschichte.
 Satt haben die Völker mit den Tagen des Zorns, mit den Tagen des Wehens.
 DIES IRAE, DIES ILLA.
Kinder streuen weisse Rosen über die Massengräber.
Jungen singen Choräle und umarmen sich.
Eine Stimme spricht aus der Stille: Europa, Europa, vergiss nie
deinen alten tausenjährigen Wahnsinn, deine ungeheuren Sünden,
vergiss nie die Millionen von niedergemetzelten Menschen, die sinnlosen Zerstörungen.
Vergiss nie: es war Schrecken, Schmerz, Sterben; es war Apokalypse.
Nein, nie wieder Krieg, nie wieder Krieg ! rufen die Kinder aller Nationen Europas,
nie wieder teuflischer Wahn, höllischer Horror, nie wieder die Hölle auf Erden!
Armeen von Toten stossen stumme Schreie aus über den endlosen Schlachthof Europa
 vom Atlantik bis zum Ural, Kontinent des Übels, gemeinsames Vaterland.
Die Gespenster der Toten stöhnen und heulen in der Finsternis underm bleichen Mond. 
REQUIESCANT IN PACE !
O HERR, LASSE SIE RUHEN IN FRIEDEN !






 

                    ODE A JAMES BYRON DEAN
                   à l'occasion du 40° anniversaire de sa mort


Route de Salinas,
Etat de Californie,
USA.
30 septembre 1955.
Un choc effroyable,
puis silence, plus rien ne bouge:
la mort, Jimmy, vient de te foudroyer
au volant de ta Porsche couleur argent.
Terrible silence du vaste soir rouge.
Et depuis pour l'éternité,
James Byron Dean aux cent masques,
tu es le visage du jeune dieu fantasque,
intraitable, splendide d'énigmatique beauté,
de sombre et sauvage insolence,
et pur comme l'éclair d'une lame de couteau.
Et depuis, James Byron Dean,
tu es définitivement
la figure-culte
du beau ténébreux en bleu-jeans
qui irradie les successives vagues de teenagers
montant à l'assaut de la vie.
Tu es pour toujours, Jimmy,
le jeune homme du siècle,
passionné et douloureux,
dérivant entre nostalgie de l'enfance
et soif de la vie intense,
entre quête d'amour et révolte.
Tu as rejoint Novalis,

Keats, Rimbaud, Lautréamont
au ciel des génies météoriques
où d'autres vous suivront,
étoiles filantes du rock'n roll.
Eternel adolescent, tu incarnes à jamais
la fureur de vivre

affrontant la désespérance
du temps blême d'absence,
du temps sans Dieu.
Tu es le frère à jamais
des enfants rebelles
perdus dans le monde désertique
et qui se jettent rageusement
contre les barbelés de l'empire adulte,
du saint empire de la grisaille moderne.
 Enfants rebelles
with a cause
car ce monde, frères humains,
ce monde où nous nous complaisons,
larves minables,
ce monde est purement et simplement invivable,
irrespirable son air,
inacceptable son ordre de fer,
pour les chercheurs tourmentés
de l'impossible tendresse,
pays de neiges incandescentes
et de fraîcheurs de menthe.
                                                                                                                                                                    



  ÉTÉ 69, LE SAUT.


et voici que
l'homme
l'avorton
le ver de terre
le vivant maladroit
hésitant
voici que
l'homme
la bête nue
la bête d'angoisse
voici que
l'homme quitte
sa caverne
préhistorique
la Terre
et fait
le
bond
vers
les étoiles





au loin la Terre

la Terre tendre comme un sein

la Terre comme un fruit bien rond

la Terre aux grandes joues bleues

la Terre perdue dans le mutisme des espaces infinis

au loin la Terre

avec ses rumeurs de guerre

ses schismes

ses espèces voraces

la Terre avec ses arbres

les rues des petites bourgades endormies

avec ses enfants allant à l'école le matin

ses chats

ses assassins

la Terre au loin là-bas

qui n'en revient pas d'être la Terre là-bas

et qui s'exclame

et qui rêve sous ses écharpes de nuages
 

                                                                                                                                                           
2003. PAIX POUR LES ENFANTS D’IRAK

Que s’arrêtent les jours de colère sur l’Euphrate et le Tigre,
que finisse la nuit, nuit de feu et de sang, géhenne
de déflagrations, de dévastations, de hurlements de sirènes,
que cessent les jours et les nuits de  colère,
les jours et les nuits d’enfer
et de mort pour les enfants d’Irak ;
que le ciel ne se déchire plus au-dessus de Bagdad,
mais neige des fleurs sur les enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM,
LA PAIX SOIT AVEC VOUS !
Que resplendissent de nouveau les matins de menthe
frémissants de sources, de brises veloutées,
que la terre se couvre de verdure munificente ;
que les missiles éclatent en myriades d’ailes candides
au-dessus des coupoles d’or, des minarets de Kerbala, de Nadjaf,
au-dessus des derricks de Kirkouk,
explosions de paix, houles de douceur fluide
pour les enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM ! 
Que les déluges d’acier et de flammes
se transforment en tempêtes de tendresse ;
que les chars roulant  sur le sanglant macadam
se dissolvent dans la lumière suave du printemps ;
que les mères ne gémissent plus sur les cadavres glacés
des enfants de Bagdad, de Bassorah, de Mossoul,
mais serrent de nouveau contre leurs seins
les menus visages effarouchés
des enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM !
Que les pères reviennent déambuler fiers et légers
à l’ombre des palmiers,
portant leurs fils sur  leurs épaules,
donnant la main à leurs filles aux yeux de cantilène ;
que les crépuscules d’été
basculant en l’abîme étoilé
abreuvent de leur vaste haleine
l’âme rêveuse des beaux  enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM !
Que s’efface la peur, la peur empoignant jusqu’aux tripes,
la peur des enfants terrifiés par les orages d’apocalypse,
la peur des enfants blessés, des enfants errant regards hallucinés
parmi les décombres, les chaussées défoncées
et les amoncellements de corps déchiquetés,
ta peur à toi, ton tremblement, petit Haidar, que les murs s’écroulent
sur ta famille rassemblée durant les heures d’effarement
et vous écrasent tous,
ta peur à toi, ta panique, petite Shimaa, que des soldats vociférants
fassent irruption et te tuent ou emmènent ton père et tes grands frères ;
que cessent les jours et les nuits d’effroi et de colère
et que la fidèle vie familière
vous prodigue de nouveau sa profonde sérénité,
à vous, pauvres enfants d’Irak traumatisés, mutilés, abandonnés ,
SALAM ALIKOUM !
Que prennent fin les maladies, la soif, la famine,
les larmes de l’enfance orpheline ;
que les marchés regorgent de fruits, de légumes, d’épices, de farine
et de limpide liesse,
que la délectable odeur du pain remplace celle de la poudre,
qu’en cette terre d’immémoriale sagesse
les écoles résonnent des claires leçons du savoir humain,
calligraphie, subtil art du calame, algèbre,
hautes récitations du Livre ;
que reprennent partout  les grands et méticuleux travaux de paix,
fourmillante activité des tisserands, des lavandières, des potiers,
des marchands, des paysans, des lettrés ;
qu’après le temps d’oppression, de mensonge et de terreur,
le temps des massacres et des bombes,
le temps des ruines et des tombes,
reverdisse comme un continent nouveau le temps de liberté,
le temps de créer, de rêver, de jouer, de conter,
le temps d’aimer, de rire, de chanter et de danser
au son des flûtes et des tambourins,                               
le temps du simple bonheur pour les enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM!
Que les monstres aux sourires mielleux, aux pensers fielleux,
ne grimacent plus sur les écrans du monde,
que les visionnaires cauchemardesques de l’Axe du Chaos
suspendent leurs cogitations insanes,
que les casseurs de l’humble merveille quotidienne,
les  manipulateurs de la terrifiante machinerie de guerre et de néant
osent regarder en face de temps en temps
la détresse et le malheur propagés par leurs soins
et  que les touche un éclair de miséricorde
pour les petits enfants d’Irak,
SALAM ALIKOUM!
MISERICORDE ET PAIX!
Qu’ils entendent, les fauteurs de guerre,
les  millions de voix qui à travers toute la terre
crient PAIX, FRIEDE, PAX, PAZ, PEACE, SHALOM,
SALAM ALIKOUM, LA PAIX SOIT AVEC VOUS, 
ENFANTS D’IRAK !
De silencieuses théories d’enfants sortent du fond des âges,
Sumer, Assyrie, Mésopotamie,
enfants kurdes, sunnites, chiites, chrétiens,
ils s’avancent sur les chemins d’Abraham,
sur les chemins de Jésus,
sur les chemins de Mohammed, d’Ali ;
parmi un peuple de stèles et de mosaïques,
sur des sentiers de vie, haute douce folie,
ils s’acheminent,
au milieu du printemps en floraison le long des fleuves mythiques,
vers l’arc-en-ciel prophétique,
l’immense arc de paix pour tous les enfants de l’Irak,
SALAM   ALIKOUM !                                                                         



ODE PLANETAIRE A MICHAEL JACKSON

La nouvelle a fait le tour du globe en un éclair : MICHAEL JACKSON EST MORT. Stupéfiant impact planétaire quasi immédiat.

MICHAEL JACKSON EST MORT. Elle a rendu son dernier souffle, la bouche d’ombre, la bouche d’or. Et les fans catastrophés n’en reviennent pas. Larmes, cris de désespérance des lolitas effondrées, des ados faux durs tout à coup orphelins. Ils sont atterrés, les fans de tous les continents.

MICHAEL JACKSON EST MORT. Ils pleurent, les couples enlacés inconsolables se souvenant de THRILLER, de BEAT IT, de BAD et de leurs premiers émois amoureux lors de la découverte fascinée de ces albums emblématiques.

MICHAEL JACKSON EST MORT. MICHAEL JACKSON EST VIVANT. Les nymphettes, les jeunes mâles se trémoussent, se contorsionnent. Les projecteurs éclaboussent les visages de leurs faisceaux de lumière impitoyable. Irrépressible besoin d’admiration, d’adoration, besoin de musique tendre et sauvage, de verbe saccadé, syncopé, besoin de danse, de joie libératrice des corps. Elle remue au pied de la scène, la fourmillante, fébrile forêt de bras tendus vers le dieu de la pop music. Besoin d’intégration au chant profond du monde, à la communion des vivants, besoin de désintégration, d’explosion, de folie, besoin de vie avant le saut final, salto mortale.

MICHAEL JACKSON EST VIVANT. Il danse la beauté, il marche la beauté. MOONWALKER. Instants magiques. Beauté solaire, lunaire,  masculine- féminine . Il chante la beauté, voix suave, apocalyptique. Il chante, il danse, fleur du mal et corps eucharistique, beauté de négro-blanchitude, arc- en- ciel noir blanc rouge jaune, beauté moderne, transmoderne, hallucinée.

MICHAEL JACKSON EST VIVANT. Ils ont faim de beauté et de vie, les enfants de la terre, et ils boivent les airs, les images, les métamorphoses fulgurantes du Roi de la pop.

Millions d’yeux levés vers l’icône incandescente.

Et soudain à l’annonce de sa mort inattendue, le choc et le deuil universel et l’ardent recueillement, l’hommage  planétaire, par-delà les sexes, les âges, les races, les classes sociales. WE ARE THE WORLD avait proclamé le prophète électronique et le monde y répond par un hommage unanime à l’heure de sa disparition.

En notre temps soi-disant individualiste, en notre monde atomisé, l’humanité a soif de communion. Les jeux arides et cyniques des pouvoirs politiques et économiques ne lui suffisent pas. Soif d’une autre ferveur qui faute de divin authentique se concentre sur des figures déifiées par les foules, ersatz de sacré souvent frelaté  dans un monde sans sacré.

MICHAEL JACKSON EST MORT. Il entre dans la Légende dorée des superstars, le paradis des étoiles de première grandeur, James Dean, Elvis Presley, Marilyn Monroe, Jimmy Hendrix, John Lennon…Il a été la star mondiale incontestable de toute une époque dont il a synthétisé les contradictions : le rêve d’innocence, de « liberté libre » et les risques de dérives perverses, la quête inextinguible de nouvelles sensations de poésie totale et l’attraction stérilisante de la richesse et de la célébrité, la propension au futile et le sens de la compassion…

MICHAEL JACKSON EST MORT. Le monde entier, Los Angeles, New-York ,Paris, Pékin, Melbourne ,Londres, pleure, chante, danse sa disparition et son entrée dans la Légende.   

Besoin d’adoration. Dieu est mort et les Idoles vivent et les Idoles meurent et ressuscitent en Légende dorée.

MICHAEL JACKSON EST MORT. L’aube se lève livide. Le Prince candide et trouble du royaume d’enfance, l’Ange au gant blanc pailleté n’est plus. Il n’est plus, le divin déviant, le mutant diabolique dont nous adorions les transes chamaniques. Les rêveurs rimbaldiens se réveillent. La faim d’amour reste entière. Où est Dieu ? demandent les enfants. Et les malins  vaseux leur répondent : ne cherchez pas l’impossible, contentez-vous de l’immémoriale routine de non-vie.

MICHAEL JACKSON, QUAND REVIENDRAS-TU D’AU-DELA DES ETOILES, DU ROYAUME D’ETERNELLE INNOCENCE ? Les enfants ne veulent pas mourir de faim d’amour. Le monde ne veut pas mourir de faim de beauté.




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